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July 01

Belle étoile

La masse rocheuse se stabilisa, à quelques millions de kilomètres de son soleil. Elle ne devint pas immobile pour autant, mais commença à tourner autour de lui et sur elle-même. Les matières contenues dans ses cavités furent éjectées, et se retrouvèrent en orbite autour de l’astre. En parallèle, des gaz s’échappèrent et restèrent en suspension dans le ciel. La petite planète fut ainsi dotée d’un anneau rocheux et d’une atmosphère.

À cause de la chaleur, l’eau contenue sous le sol s’évapora, et des nuages s’élevèrent. D’abord minces et légers, ils se densifièrent jusqu’à ne plus pouvoir se maintenir. Des gouttes d’eau tombèrent, et ce fut la première pluie. C’est ainsi que commença le cycle, puisque cette eau retourna dans des poches souterraines, y forma des nappes et s’évapora partiellement pour redevenir des nuages. Les premières averses firent tomber des particules qui étaient en suspension dans les couches basses de l’atmosphère, et une épaisse poussière grasse recouvrit une partie des continents. Pendant des milliers d’années, la planète continua ainsi. L’eau finit par en recouvrir près de la moitié, alors qu’une sorte de terre dissimulait totalement la roche.

Des végétaux finirent par apparaître, probablement issus de sels minéraux ramenés au sol par les pluies. Ce fut d’abord de la mousse, progressivement remplacée par de la prairie uniforme, puis par tous types de plantes à graines. En même temps, dans l’eau, apparurent des algues.

En quelques milliers d’années supplémentaires, la planète changea de couleur pour offrir un magnifique aspect vert. Les plantes hésitantes du début avaient laissé la place à de luxuriantes forêts, par endroits percées de larges clairières.

 

Au bout de quelques millions d’années, des organismes cellulaires s’organisèrent, et se nourrirent des végétaux. D’abord inanimés, ils devinrent non seulement animés mais en plus autonomes. Peu nombreux au début, ils se multiplièrent et adoptèrent des formes extrêmement variées. La planète fut, en quelques dizaines de milliers d’années supplémentaires, habitée par de nombreuses espèces animales. Elles continuèrent à évoluer en douceur, et à cohabiter sans heurts, jusqu’à ce que, par accident, une bête en tue une autre. Rien ne permet de savoir comment ça s’est produit, et même la créature en fut surprise. Elle renifla sa victime, et trouva l’odeur intéressante. Prise d’une impulsion, elle serra la gorge dans sa mâchoire, tira fortement, et arracha un morceau qu’elle avala. La première sensation fut horrible, mais passa rapidement. Dès la troisième bouchée, elle avait oublié le dégoût du premier instant. Le sang qui lui coulait dans le tube digestif était bon, et apportait plein d’énergie. Depuis cet instant l’innocent animal devint un prédateur, et ne se nourrit plus que d’autres êtres vivants.

Évidemment il ne resta pas seul ainsi, et assez rapidement d’autres lui emboîtèrent le pas. Ces animaux transmirent leurs habitudes à leur progéniture, et en quelques générations un nouvel équilibre s’installa, assez subtil : les herbivores mangeaient les plantes, les carnivores mangeaient les herbivores, et tous fertilisaient le sol grâce à leurs déjections. Petite masse rocheuse au départ, la planète hébergeait maintenant tout un écosystème.

Les animaux se diversifièrent de plus en plus, et l’on vit apparaître les premiers primates. Plus de soixante millions d’années furent nécessaires pour que ces primates se regroupent en clans, et remodèlent la nature en fonction de leurs besoins. L’espèce humaine était née.

 

L’évolution fut assez semblable à celle de la Terre. L’Homme apprit à se protéger contre les prédateurs, et à élever les animaux qui pouvaient lui servir de nourriture. Il découvrit également que les plantes bonnes à manger pouvaient être cultivées. Pour se simplifier la vie, il regroupa toute sa production de nourriture et installa son habitat à proximité. C’est ainsi qu’apparurent les premiers villages, qui furent très vite fortifiés pour protéger l’Homme des animaux dangereux.

Lorsqu’il commença à enterrer ou brûler les morts, l’être humain franchit une nouvelle étape : la croyance en un autre monde. Cette foi fut propagée par ceux qui voyageaient de village en village, pour écouter et reprendre les récits des sages. C’est ainsi que les légendes se forgèrent, et que l’Homme prit conscience de son histoire.

En même temps, il apparut que ce savoir devait être transmis, de même que les croyances. Un peu partout des courageux commencèrent à faire le tour des maisons, pour enseigner aux enfants ce qu’ils devaient connaître. C’était un travail long, et pénible, d’autant plus qu’il fallait sans cesse répéter les mêmes mots, d’une famille à l’autre, jusqu’à ce qu’ils semblent vides de sens aux orateurs. Ceci perdura jusqu’à ce qu’une petite fille invite une amie chez elle pour le jour des histoires. Le sage qui enseignait là trouva pratique d’avoir deux paires d’oreilles devant lui, ce qui lui éviterait le trajet vers une maison. Réfléchissant un peu, il conclut que ce serait encore plus simple d’agrandir sa propre demeure, pour y faire venir tous les enfants du village en même temps. Son idée fut un réel succès, qui impressionna fortement un marchand du village voisin. Rentré chez lui, il raconta ce qu’il avait vu. Progressivement, par le bouche-à-oreille, toute l’humanité reproduisit le même modèle, installant des écoles dans tous les villages.

 

Les colporteurs et vagabonds qui allaient d’une région à l’autre amenaient avec eux des nouvelles des voisins, transmettaient des messages, permettaient aux différentes zones habitées de ne pas rester isolées. Grâce à eux, les idées nouvelles voyageaient et se répandaient, bref, c’était toute une civilisation qui se développait ainsi, prenant le meilleur de chaque endroit pour l’amener partout.

Ces échanges permirent d’uniformiser les programmes des écoles, et d’assurer que, quelle que soit son origine, chacun bénéficiait dès son plus jeune âge du même enseignement que les autres. L’humanité entière se développait, et se concentrait sur l’étude et le savoir.

 

Comme la planète était légèrement inclinée sur son axe, le climat n’était pas uniforme et, dans certains zones, des saisons se succédaient, alors que d’autres régions ne changeaient pas. Le temps, bien entendu, influençait grandement les humains, et en particulier ses habitudes de vie. Ainsi, les endroits les plus rudes, qu’ils soient chauds ou froids, poussaient l’homme à inventer des moyens de se protéger, alors que les régions tempérées laissaient plus de liberté pour la méditation ou l’introspection. C’est de cette manière que, grâce aux échanges entre les peuples, l’humanité développa à la fois la recherche pure et les sciences pratiques. L’Homme devint à la fois philosophe, penseur, ingénieur et technicien.

 

Bien évidemment, une telle société n’était pas exempte de conflits, mais ils étaient tout de même rares, et dans la plupart des cas, réglés par la discussion. Les luttes armées furent très vite oubliées, et l’Homme connut plusieurs centaines d’années de paix et de sérénité.

À peine plus de mille ans furent nécessaires pour arriver à un haut degré de technicité, mais aussi de civilisation et de maturité. Tout ce développement se fit en harmonie avec la nature, dans le plus grand respect de la planète. Les inventions telles que l’électricité n’étaient que des moyens d’adapter l’humain à son environnement, et pas l’inverse. Il n’y eut donc aucune déprédation, aucun gaspillage.

C’est tout naturellement que, conscient de sa profonde connaissance de sa planète, l’Homme leva les yeux vers le ciel, en direction des étoiles. Et si d’autres astres, là-haut, étaient habitables ? Il fallait s’en rendre compte, et pour cela il fallait y aller !

 

L’incessante quête du savoir montrait clairement, siècle après siècle, qu’il restait beaucoup de domaines inexpliqués. Dès le début, ou presque, l’hypothèse d’un être suprême était apparue. Si la nature existait, c’était grâce à Lui. Si l’Homme était sur la planète, c’était parce qu’Il l’avait voulu. Tout ce que la science démontrait était considéré comme création divine, et la recherche avait pour seul but de comprendre les mécanismes mis en œuvres par ce Créateur pour que le monde fonctionne.

Ainsi donc, au bout d’un long moment, se posa la grande question : où était-Il ? Son existence était reconnue et acceptée de tous, mais Sa nature restait un mystère. Était-Il comme les hommes ? Était-ce une sorte d’animal supérieur ? Peut-être une tout autre entité ? De nombreux collèges religieux étudièrent la question et formulèrent quelques hypothèses, mais prirent soin de rappeler que rien n’était prouvé.

La recherche de planètes habitables tombait donc à pic : si des hommes pouvaient aller dans l’espace, pourquoi le Créateur ne S’y trouverait-Il pas ? Et si, tout simplement, Il résidait ailleurs ?

 

Le programme de recherche spatiale devint donc la priorité absolue dans tous les domaines. Il fallait augmenter le savoir de l’humanité, trouver des terres à coloniser pour ne pas surcharger la planète, et rencontrer le Créateur pour le remercier de ses bienfaits. En quelques dizaines d’années, il fut possible d’envoyer dans l’espace des vols habités, mais ils n’étaient pas autonomes : ils devaient embarquer leur nourriture et leurs réserves d’air, et ne pouvaient en fabriquer. Or, on supposait que la quête prendrait beaucoup de temps, probablement plusieurs générations, et que le contact avec le monde d’origine serait plus que ténu.

Ce serait donc une ville entière qui serait construite dans l’espace, puis envoyée à la poursuite de la connaissance. Cette entité devrait produire elle-même tout ce dont elle aurait besoin, mais devrait aussi laisser derrière elle, à intervalles réguliers, des relais qui permettraient de communiquer avec ceux qui resteraient au sol.

 

C’est un certain Moussène, théologien reconnu, qui finit par réunir une vingtaine de personnes dans le but de déterminer tout ce qui serait nécessaire pour mettre au point cette ville spatiale. Les discussions prirent plusieurs mois, mais permirent de rédiger une liste de travaux, avec des priorités. Une année supplémentaire fut nécessaire pour faire accepter cette liste par l’humanité entière, et enfin l’Homme eut sa feuille de route.

Les opérations commencèrent. Le comité Moussène, comme l’on surnomma ce groupe de travail, avait tout prévu, structuré, organisé. Il avait aussi déterminé qu’il faudrait environ trois cents ans pour mener à bien tous les travaux préparatoires, puis bâtir la cité volante et enfin la faire décoller. Pendant ces trois siècles, tout ce qui ne tournait pas autour du Grand Projet fut relégué au second plan. Les enfants étaient instruits en fonction des quotas nécessaires, dans le but de produire des quantités bien précises de chercheurs et de réalisateurs, et même leurs jeux étaient organisés de manière à développer les facultés dont ils auraient besoin pour l’accomplissement de leurs tâches.

Comme de nombreuses personnes devraient vivre sur ce vaisseau pendant des générations, il était important de tout faire pour qu’elles s’y sentent bien. Les Arts ne furent donc pas abandonnés, mais bien au contraire ils furent encouragés. Il fallait absolument que la colonie itinérante ait de quoi s’occuper, et inspirer de nouvelles vocations. Le décor et l’agencement furent donc tout particulièrement travaillés, et une gigantesque médiathèque fut montée. Elle hébergeait d’énormes quantités de livres, films et enregistrement musicaux, ainsi que des salles d’exposition pour les tableaux et sculptures. Et bien entendu, des ateliers furent installés pour permettre à tous ceux qui le souhaiteraient de s’essayer à toutes les activités créatrices.

Il était important d’entretenir le corps autant que l’esprit, et un gigantesque complexe sportif trouva place au cœur de la future cité. Toutes les disciplines pratiquées par l’humanité y seraient possibles, et même fortement encouragées. Bref, tout était pensé pour que travail et temps libre s’équilibrent et permettent un développement harmonieux des futurs colons, tant intellectuellement qu’émotionnellement et physiquement. Il s’agissait surtout de ne pas générer des frustrations et des tensions psychiques, et de fournir un exutoire à celles qui ne manqueraient pas de se manifester spontanément.

 

Le comité Moussène fut renouvelé au fur et à mesure des départs à la retraite, et continua à assumer la direction du projet, en relation avec les autorités religieuses. Trois ans avant la date prévue pour le départ, il entama le processus de sélection pour le pilote principal et les copilotes, qui seraient amenés à le seconder mais aussi à le remplacer en cas de besoin.

Un bon niveau scientifique était requis, mais aussi et surtout une très grande stabilité mentale et émotionnelle. La personne choisie aurait la charge de toute une communauté, et devrait en temps voulu former son propre successeur, donc il fallait une personne parfaitement équilibrée et pourvue d’une large culture, mais aussi capable de transmettre son savoir et ses compétences.

Les épreuves théoriques permirent de limiter à trente le nombre de candidats. Parmi ceux-ci seraient sélectionnés le pilote et ses cinq adjoints, et tous bénéficieraient de deux années de formation et d’une année de répétition des principaux plans d’action en cas de succès de la mission.

Les résultats des examens pratiques furent très serrés, mais c’est finalement Edinne Gorliel qui fut officiellement nommée pilote. Brillante astrophysicienne, elle était aussi une sportive accomplie et ses collègues s’accordaient à dire qu’elle était brillante en tous points, et que sa réussite était aussi attendue que méritée. Parmi ses copilotes, deux avaient obtenu de meilleurs résultats qu’elle, mais la sélection finale se basait aussi sur l’appréciation des membres du comité Moussène. Il n’y avait pourtant aucune rivalité entre les candidats, et tant les élus que les écartés félicitèrent la jeune femme dès que sa nomination fut officielle.

 

À partir de ce moment, la situation avança grandement. Tandis que l’équipage, l’équipe de pilotage et les colons se préparaient pour l’éventuelle Grande Rencontre, des centaines de milliers de techniciens procédaient au chargement de la cité. Les première cultures avaient déjà porté leurs fruits, de même que les premières naissances d’animaux avaient déjà eu lieu. Depuis près de deux ans la colonie, toujours au sol, vivait en autarcie. Tout était prêt pour le départ, et la planète entière n’attendait que ça.

Le grand jour finit par arriver et, majestueusement, l’immense ville s’arracha de la surface du sol. Ce qui en revanche n’avait pas du tout été prévu, c’est l’intensité des vibrations. La planète se mit à trembler violemment, et l’activité volcanique s’intensifia brusquement. Alors que le gigantesque vaisseau s’éloignait, sa planète d’origine se disloquait et finit par s’émietter totalement. De toute la civilisation qui s’était développée en tant de temps, seuls les colons subsistaient. Et de tout l’écosystème qui s’était lentement développé, ne restaient que des gravats et poussière en suspension dans l’espace.

L’euphorie du décollage laissa vite place à un abattement profond. Tous dans la colonie avaient assisté à la catastrophe, et chacun réalisait que leur mission était devenue encore plus vitale. À tout prix il fallait trouver une planète où s’installer. Et bien entendu, le Créateur aurait à expliquer pourquoi il avait laissé un tel cataclysme se produire. L’humanité avait-elle failli ? S’était-elle détournée de la bonne voie ? Malgré ces doutes et l’intense douleur, tous continuèrent comme prévu. La vie s’organisa à bord, malheureusement débarrassée des regrets du passé, et résolument tournée vers l’avenir.

 

Les observations spatiales avaient permis d’identifier plusieurs zones privilégiés, toutes situées à des distances telles qu’il faudrait plusieurs générations pour que le vaisseau y parvienne. C’est ainsi que, huit cents ans après son départ, la colonie atteignit une zone considérée comme ayant un haut potentiel. Étonnamment, la structure sociale avait perduré. Conséquence du traumatisme subi lors de la désintégration de la planète, les voyageurs avaient perdu tout entrain et toute vigueur. Ils assumaient leur mission, siècle après siècle, mais presque mécaniquement, sans vraiment y croire. Ce fut donc sans joie que l’équipe de pilotage annonça le début des manœuvres d’approche. À partir de ce moment, chacun savait que dix années au grand maximum les séparaient de l’arrivée dans un espace peut-être viable.

Tout s’enclencha comme prévu. Les systèmes d’observation se mirent non plus à relayer les signaux, mais à les enregistrer et les analyser. Dans les profondeurs de la cité, tout fut mis en ordre pour l’envoi des navettes de reconnaissance. Les pilotes désignés intensifièrent leur entraînement, qui maintenant semblait un peu moins vain.

 

C’est au bout d’un an qu’un étrange écho apparut sur les détecteurs. Les trous noirs n’étaient pas rares dans l’espace, mais celui-ci semblait être d’une ampleur sans précédent. C’est au bout de quelques semaines, quand il devint visible, que les colons comprirent qu’il n’était pas particulièrement grand : il était tout simplement très proche. Rapidement, le vaisseau dévia. Le pilote et son équipe avaient beau user de toutes les ressources à leur disposition, rien ne pouvait l’empêcher : le trou noir attirait tout ce qui passait à proximité, et en particulier la cité volante.

L’immense roue noire était impressionnante, et tous les colons passaient l’essentiel de leur temps libre à la regarder, fascinés. Bientôt une forme apparut dans la masse sombre. Ce n’était au début pas très distinct, mais le contour se précisa assez rapidement : cela ressemblait à un être humain debout, les bras tendus devant lui.

 

L’humanité, du moins ce qu’il en restait, était-elle en passe de rencontrer son créateur ? Ou bien était-ce une illusion, née de l’envie et du désespoir ? Alors que la distance entre le vaisseau et le trou diminuait, la pression augmentait. Les humains se sentaient mal, oppressés. L’immense masse noire les écrasait, tant physiquement qu’émotionnellement. En quelques jours, la souffrance fut telle que les humains les moins vigoureux commencèrent à mourir. Les décès se multiplièrent, tant chez l’Homme que chez les animaux, qui eux étaient pris de panique. Pendant ce temps, la silhouette au fond du trou était devenue plus distincte, et l’on voyant son visage doux et bienveillant.

Le mouvement était inexorable, et la gigantesque colonie devint une nécropole. Bientôt, seul un petit garçon resta en vie, souffrant le martyre et attendant la libération. L’être gigantesque tourna sa tête vers lui, et sourit. L’enfant sentit ses douleurs disparaître, et une vague de joie et de bien-être l’envahit. Dans une accélération foudroyante, la colonie fut engloutie par le trou noir.

 

– —

 

Le cri d’un hibou réveilla Jérôme. Il s’assit et regarda sa montre, puis se releva brusquement et se dirigea vers sa maison, encore engourdi par le sommeil. Bon sang, il avait bien dormi une demi-heure, et il avait même rêvé ! Drôle de rêve, d’ailleurs. Voilà ce qui arrive quand on s’allonge dehors pour regarder les étoiles !

May 12

Des milliers de lecteurs...

Grande nouvelle !
 
Un petit recueil constitué de trois de mes histoires est maintenant pré-installé sur le CyBook de la société Bookeen. Autrement dit, chaque acheteur de cet appareil y trouvera trois histoires écrites par moi, ainsi que d'autres par plusieurs confrères de Babel, la Ghilde des Mondes.
 
Vu les chiffres de vente du CyBook, ça va me faire plusieurs milliers de lecteurs potentiels en plus. Youpi !
April 04

Svetlana

...sera bientôt de retour.
March 18

Tagué !

Mon très estimé confrère Fabrice Chotin m'a tagué. Mais kekseksa ?
- Chaque personne décrit sept choses à propos d’elle-même
- Ceux qui ont été "tagués" doivent écrire sur leur blog ces sept choses ainsi que ce règlement
- Vous devez "taguer" sept autres personnes et les énumérer sur votre blog
- Et, il faut mettre le nom de celui qui vous a tagué !
Râleur et asocial comme je suis, je ne voudrais pas que ma réputation empire. Je vais donc m'exécuter, avec un certain plaisir tout de même...
 
Doigt
Si l'on se limite à ceux des mains, j'en ai dix. Assez peu souvent mis en relief, ce sont pourtant des compagnons de tous les instants et des outils extraordinaires. Il permettent de serrer des mains, tenir un tournevis, nettoyer une narine, chatouiller un enfant, tenir un crayon, atténuer l'impact d'un marteau sur un clou, tasser une cire jaunâtre au fond de l'oreille, vérifier le sens du vent, indiquer une route sur une carte. Bref, les doigts sont indispensables. Là, tout de suite, je m'en sers pour taper tout ça à l'aide de mon clavier.
 
Roman
Pendant des années j'ai voulu en écrire un. Maintenant que j'écris vraiment, je suis très heureux dans la nouvelle. Donc si un jour j'y arrive, tant mieux, mais ce n'est plus un but. En réalité, mon seul but c'est de raconter des histoires, et je me fiche un peu de leur catégorisation (sauf si c'est best-seller).
 
Caractère
Que ce soit le mien ou ceux d'un livre mal imprimé, c'est sale.
 
Etoile
... des neigeuuuuuuuu, mon coeur amoureuuuuuuuuuuuuuuux, s'est pris z'au piègeuuuuuuuuuuuuu, de tes grands yeuuuuuuuuuuuuux.
 
Musique
J'adorerais en composer. Je m'y suis même essayé. Par amour de l'art, j'ai arrêté.
 
Blog
Ce mot a plusieurs significations, dépendant du contexte. Ce peut être un moyen d'éviter une psychanalyse, ce peut être un outils de communication. Dans mon cas, ce fut un déclencheur pour l'écriture puisque c'est sur un blog que j'ai publié mes premiers écrits, par épisodes.
 
Fondue
Si elle est savoyarde, c'est avec plaisir, sans modération, et avec un vin blanc très frais en provenance du même coin. Si je suis seul, mettez deux doses, ça fera l'affaire !
 
Et mes sept tagués sont :
 
March 05

Disparition

Le créateur du jeu de rôles Donjons & Dragons est décédé le 4 mars 2008.
 
Au-delà du débat et des abus/débordements qui ont réellement eu lieu, le jeu de rôle est une activité formidable qui permet d'exercer son esprit d'adaptation et son imagination, tout en étant un loisir des plus agréables.
 
Merci Gary !
 
 
March 02

Les grands hommes sont parfois accessibles

J'en ai eu la preuve ce week-end... J'ai eu l'immense plaisir de rencontrer un grand écrivain, également musicien, mais surtout un homme très sympathique et de bon goût (culturel et culinaire).
 
Ami, sois encore une fois remercié ! Sourire
 
 
February 16

Salon du Livre de Paris

Je ferai un passage sur le stand Lulu le samedi 15 mars dans l'après-midi. Si vous en avez l'occasion, passez discuter un moment !
February 09

Avec quoi lire un ebook ?

La réponse sur la page "Nouveautés" de mon site (www.fredv.fr)
 
February 01

Il est dispo !

Fragments est maintenant disponible sous forme de livre.
 
Parcourez les mondes de l'Imaginaire... Découvrez des héros de légende, rencontrez les créatures qui nous protègent des forces obscures, voyez si un mort peut encore aimer, apprenez à monter un escalier... Au travers de seize histoires, vous allez angoisser, frémir, mais aussi parfois sourire.
 
 
January 23

Et si nous n'étions pas seuls ?

La réponse à cette grande question se trouve là : http://www.mobipocket.com/en/eBooks/eBookDetails.asp?BookID=74142
Ce texte est extrait du recueil "Fragments".
January 19

Site Web

Bonjour.
 
Tout nouveau et presque vide pour le moment, voici un site amené à se développer :
 
A bientôt !
 
January 13

Laurent Martin

Cette nouvelle figure elle aussi dans le deuxième tome des Recueils du coeur : http://lesrecueilsducoeur.free.fr
 
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Le réveil sonne. Cinq heures. Y’a pas d’heure pour les braves, et j’en suis un, du moins j’espère. Alors je me lève. Douche rapide, café croissant, les fringues, le matos, et c’est parti. Emploi du temps bien rempli aujourd’hui, alors faut pas traîner. Le jour n’est pas encore levé, et les rues sont presque désertes. Marrant, la ville a l’air carrément différente. Un peu comme une jeune fille au réveil : moins jolie, mais plus vraie. Bon, je regarderai ça une autre fois. Pas le temps de faire du tourisme ce matin : j’entends déjà le camion. Et effectivement, le voilà qui se pointe. Je vais au coin, peinard, pendant que le camion s’arrête devant chaque poubelle pour laisser les gars les ramasser. Pas des flemmards, les éboueurs : au boulot tôt, et toujours en train de courir derrière le bahut avec des poubelles à la main. Respect, les gars, vous faites un sacré boulot. Je tourne à l’angle, et j’attends. Voilà, ça y est, le camion arrive. Il tourne lui aussi, comme tous les matins. Il me dépasse puis il s’arrête. Les deux gars descendent, le plus petit en dernier. Je l’appelle.

    Monsieur Laurent Martin ?

    Oui ?

C’est bien lui. Je sors mon flingue de ma poche, j’aligne. Le type est tétanisé, apparemment il n’y croit pas. Dommage pour lui, faut croire ce qu’on voit, mec. Je tire. Joli petit trou, juste entre les yeux. Le zigue tombe. Bye-bye. Avec tout le boucan du moteur et grâce au silencieux, personne ne m’a entendu. Exactement comme prévu. Je repasse l’angle de la rue, et je me cavale vite fait. Et voilà, du boulot propre. Dix minutes, et je suis déjà de retour chez moi. Presque six heures du mat’, j’irais bien me coucher, tiens. Ou alors je me fais un deuxième café ? Ça m’a donné faim, tout ça.

 

– —

 

Onze heures, faut y aller. Je sors, je salue aimablement les flics qui enquêtent sur le gars de ce matin, et direction l’arrêt de bus. M’a fallu du temps, pour celui-là, mais je sais où le choper. Au quart j’arrive devant le restau. Ils commencent à servir à onze heures, donc j’aurai le temps de becter avant. Aujourd’hui, c’est entrecôte haricots verts, pas mal. J’aurais bien pris des frites, mais faut pas trop manger ce qui baigne dans l’huile. Bon, y’a quand même pas de mal à se faire du bien, donc je me prends une pression pour aider l’entrecôte à passer. Mince, onze heures cinquante, j’ai de l’avance. Allez, je m’enfile un petit café. Je le bois tranquille, à petite gorgées pour ne pas me brûler le palais. Le caoua dans un restau, je me méfie, c’est souvent carrément trop chaud. Je pose le montant de l’addition sur la table. Mouais. J’ajoute un euro, la serveuse est sympa. Et voilà, ça y est, mon type radine. Je sors mon flingue discrètement, je l’arme et je le pose sur mes genoux. J’attends que le gars se mette à table avant de l’appeler.

    Hé, Laurent Martin !

    Hein ?

On dit pas « Hein », on dit « Comment », pauvre truffe. Je lève le bras, je presse la détente, et je me tire. Le gars s’écroule, mais j’ai juste le temps de voir le troisième œil qui lui pousse entre les deux autres. Impec’.

 

– —

 

Allez, on accélère. Je cours jusqu’au coin de la rue, je saute dans une entrée de métro. Zut, j’ai pas de ticket sur moi. Tant pis, je passe par-dessus le tourniquet. Juste au moment où la rame arrive, c’est quand même beau la chance. Huit stations avant le terminus, j’ai le temps de me reposer un peu. Gaffe à ne pas m’endormir, manquerait plus que je rate le suivant !

Une fois arrivé, j’avise le point presse. Je m’approche, le flingue prêt mais discret sous les fringues.

    Monsieur Laurent Martin ?

    Euh, oui, c’est moi.

Ben ça tombe bien mon Toto. Je tends le bras, le mec louche sur mon flingue, je tire. D’un seul coup il ne louche plus du tout… Vite, je saute sur la voie et je suis le chemin d’entretien jusqu’à la station suivante. Là, je prends un métro dans l’autre sens, et c’est bonnard.

 

– —

 

Je tiens un bon rythme. Deux stations et je change, direction tour Eiffel. Attention, là, pas facile. J’enlève mes pompes, je les remplace par les rollers qui sont dans mon sac à dos, et je vais rejoindre les touristes sous le monument. Après avoir fait plusieurs fois le tour de la place, je repère mon gars. Assez costaud, un flingue sur le côté, il a de l’allure dans son uniforme. Mais pourquoi il a choisi d’être agent de sécurité, ce con ? Allez, je roule vers lui, et je m’arrête pile sous son nez.

    Bonjour. Vous êtes Laurent Martin ?

    Oui, pourquoi ?

Je change un peu, je tire dans le bide. Il s’écroule quand même, pas contrariant, pendant que j’accélère à fond sur mes rollers. Je dégage vite fait, et je m’arrête quelques rues plus loin pour remettre mes grolles.

 

– —

 

Maintenant c’est plus facile, mais faut pas la jouer trop cool pour autant. Surtout pas m’endormir sur mes lauriers, j’ai pas encore fini ma journée, moi ! Je vais faire les magasins,  mais croyez pas que c’est pour m’amuser. Je navigue parmi les téléphones portables, les baladeurs, les caméscopes, les télés, et ainsi de suite. Une jolie brune me demande si elle peut m’aider. Non, mignonne, tu ne peux pas m’aider, et tant mieux pour toi. « Non, je vous remercie, je regarde un peu tout, c’est pour faire un cadeau, alors je n’ai pas encore choisi. ». Elle me dit de lui faire signe si j’ai besoin de quoi que ce soit, et elle part aider un vrai client. Tout en continuant mon lèche-vitrine, je surveille l’autre vendeur qui est en train de montrer des téléphones à un ado. Le jeune finit par se casser, et je fais coucou au vendeur, avec un petit sourire. Pas de raison pour ne pas être aimable.

    Bonjour monsieur, puis-je vous aider ?

    Probablement, oui. Vous êtes Laurent Martin ?

    Euh, oui, pourquoi ?

C’est marrant parce que dès que je tire, sa question n’a plus l’air de l’intéresser. Pas plus que la réponse, d’ailleurs. Il tombe, pendant que je décarre du magasin. Encore un de fait, j’avance bien, là.

 

– —

 

Deux rues à suivre, impec’, pas besoin d’aller trop loin. Je me mets en position. Celui-là aussi, il m’a fallu du temps pour décider comment l’avoir, mais j’ai fini par trouver. Voilà, c’est l’heure. Il ouvre la fenêtre et il s’accoude pour la pause clope. C’est nocif, mec, tu devrais pas. Personne dans la rue, et il regarde les pigeons sur le trottoir.

    Ho, Laurent Martin !

    Quoi ?

Je l’aligne rapidement, je tire, il s’effondre. Je te l’ai dit, c’est nocif la clope : tu fumerais pas, tu serais encore en vie.

 

– —

 

Allez, on enchaîne. Je cours vers le square. Mon petit vieux est là, comme tous les jours à la même heure, à faire son petit tour avant de retourner s’abrutir devant la télé. C’est pas encore la sortie des classes, alors y’a pas un chat. Je passe la barrière, je sors le flingue discrètement et je le garde le long du corps, puis j’appelle le pépé.

    Monsieur Laurent Martin ?

    Oui ?

Nickel. Je tends le bras, je tire, je me casse illico. Le vieux touche terre au moment où je referme la barrière.

 

– —

 

Un petit goûter, ça me fera du bien. Direction le salon de thé, pas loin d’ici. La patronne m’accueille avec un grand sourire, et m’installe à une table. Je prends un thé à l’orange avec une tarte aux pommes.

Ouah ! Ben dis donc, je reviendrai, moi. La tarte est carrément délicieuse. Faut que je félicite le cuistot. Ça tombe bien, de toute façon fallait que je le voie. Je souris à la dame derrière le comptoir, et je la rassure : oui, tout va bien, oui, c’est vraiment très bon, et comment il fait votre cuisinier pour que ce soit aussi bon, j’aimerais bien le féliciter !

Toute heureuse elle part en cuisine, et revient avec un grand échalas à l’air un peu niais. On cause un peu, et le gars me note sa recette sur un coin de la nappe en papier. Je plie soigneusement la nappe, je la mets dans mon sac à dos, puis je me tourne à nouveau vers le type.

    Vous êtes bien Laurent Martin ?

    Oui, pourquoi ?

Il a juste le temps de faire « Oh » quand je sors mon flingue. Je tire, et le trou dans son crâne a lui aussi l’air de faire « Oh ». Surprise !

 

– —

 

Bon, vite, direction la Poste. Pas trop de monde, tant mieux. Je sors le papier, je m’approche de la guichetière, et je le lui tends. Le moment est proche.

    Bonjour. Je viens retirer un recommandé.

    Une pièce d’identité, sil vous plaît.

    Voici.

    Monsieur Laurent Martin.

    Ouaip. Laurent Martin. Le seul, l’unique !

Putain, y’a des années que je rêve de pouvoir dire ça !

 

January 08

Clotilde

Vous trouverez cette histoire dans le tome 2 des Recueils du Coeur : http://lesrecueilsducoeur.free.fr/
 

Il y a bien longtemps que le monde a changé, et que l’humanité a oublié ce qu’elle avait de plus beau. Seuls des récits nous sont parvenus, en général considérés comme des légendes plutôt que comme des souvenirs. De même, les valeurs fortes du passé sont maintenant tournées en dérision ou vues et ressenties d’une manière qui étonnerait nos ancêtres s’ils en avaient connaissance. Assurément ils penseraient que nous avons perdu notre identité, que nous avons mis de côté ce qui fait de nous des humains.

Par exemple, connaissez-vous l’histoire de Clotilde ? Je ne parle pas de sainte Clotilde, mais de la jeune paysanne qui a vécu un peu plus tard. Non ? Bien, je vais donc vous la raconter. C’est une assez belle histoire, qui m’a été rapportée par une vieille femme un jour où, assis sur un banc dans un parc public, je réfléchissais – activité d’autant plus stupide qu’il pleuvait. Cette dame m’a abordé en me disant qu’elle me trouvait l’air triste, et qu’à mon âge c’était bien regrettable. Alors elle a voulu me narrer cette histoire.

 

Clotilde vivait dans un charmant petit village, un peu au sud de la Loire. Ce n’est que de nos jours que nous qualifierions l’endroit de charmant, mais à l’époque c’était un petit bourg comme tant d’autres. Au milieu de ces vertes collines la vie n’était pas plus difficile ou moins agréable qu’ailleurs et, dans l’ensemble, les habitants se sentaient un peu oubliés par le royaume et donc parfaitement heureux.

Un fort beau jeune homme avait courtisé une avenante jeune fille, et très rapidement leurs parents décidèrent de les marier pour que la morale reste sauve et ne succombe pas aux assauts de la nature. Neuf tout petits mois plus tard, la jeune dame donna naissance à une adorable petite fille. Elle fut prénommée Clotilde en souvenir de sa grand-mère, et sa vie commença sous un magnifique rayon de soleil. Son enfance fut un enchantement pour ses parents, qui ne pouvaient qu’être fiers de cette enfant : toujours souriante, perpétuellement de bonne humeur, curieuse de tout, serviable et dévouée, et d’une gentillesse extraordinaire. À dire vrai, la demoiselle était la fierté du village.

 

Un jour, l’apprenti du forgeron partit s’établir et ouvrir sa propre échoppe. Il aurait pu attendre que son maître prenne sa retraite, mais il voulait voler de ses propres ailes et prendre son indépendance au plus tôt. Comme il ne pouvait le faire si près de son maître il dut traverser la rivière et s’installer dans le village voisin, séparé de celui de Clotilde par un simple mais très joli cours d’eau.

Là il fit la connaissance de jeunes gens de son âge, avides d’entendre parler du vaste monde. Il leur parla donc de ce qu’il en avait vu : son ancien village et ses habitants. Et c’est ainsi qu’il parla de Clotilde à ses nouveaux amis, la décrivit, leur dit à quel point elle était admirable, bref, leur dépeignit une femme si parfaite qu’ils n’eurent plus qu’un unique rêve : la rencontrer.

 

L’un deux, probablement plus hardi que les autres, décida de partir à l’aventure et à la conquête de cette personne qui, sans le connaître, avait déjà ravi son cœur. Je sais, c’est simpliste et quelque peu ridicule, mais en ces temps-là on était plus simple, plus naturel, et on ne reniait pas ces sentiments que de nos jours on étouffe à tout prix alors qu’ils pourraient nous rendre la vie si belle !

Ce jeune homme sortit donc de son village et s’installa au bord de la rivière. Je suis certain que vous pensiez qu’il allait la traverser, mais son sens de l’aventure n’allait tout de même pas jusque là. Il s’assit sur la rive, laissa ses pieds baigner dans l’eau vive et froide, et regarda l’autre côté. Pendant trois jours il vint tous les matins avant d’aller travailler, puis revint tous les soirs. Et enfin, au quatrième jour, il aperçut une splendide demoiselle qui venait remplir un seau. Il lui demanda si elle était Clotilde, mais à sa grande déception la jeune fille lui répondit que non. Alors il remercia gentiment l’inconnue puis reprit son attente.

Plusieurs mois passèrent, le jeune homme rencontra presque toutes les jouvencelles du village voisin mais malheureusement à aucun moment Clotilde ne vint, et la déception grandissait jour après jour. Pendant tout ce temps les belles qu’il avait interrogées avaient parlé, et ainsi tout le village savait ce que ce jeune monsieur faisait là. Les parents de Clotilde en concevaient à la fois fierté et inquiétude : ils étaient heureux de voir que leur fille était connue si loin de chez eux (Imaginez ça : de l’autre côté de la rivière !), mais ils se demandaient ce que l’énigmatique personnage attendait de leur charmante petite.

L’intéressée, elle, était plutôt embarrassée par toutes ces histoires. Malgré ses dix-sept ans elle n’avait encore jamais fait parler d’elle d’une telle manière, et elle trouvait fort incongru l’intérêt de ce jeune homme qu’après tout elle n’avait jamais vu. Finalement, elle décida de voir par elle-même celui dont toutes les jeunes filles du village parlaient. Un beau matin elle se rendit donc au bord de la rivière, et s’assit là en laissant tremper ses pieds dans l’eau.

Quelques minutes plus tard arriva le jeune homme qui prit sa place habituelle, juste en face de celle qu’elle avait choisie. Il avait l’air assez peu enjoué, et regardait ses pieds. C’est ainsi qu’il se rendit compte que, sous l’eau et à peu de distance de ses petons, une autre paire de jambes plongeait dans l’onde. Il suivit du regard les mollets qui disparaissaient sous la robe, et remonta le long du vêtement. Des courbes plaisantes et harmonieuses l’amenèrent jusqu’à un bien agréable visage qui le regardait avec un petit air à la fois indigné et amusé. Comprenant que son attitude était en tout point incorrecte et offensante pour l’énigmatique demoiselle, il présenta ses plus humbles excuses. Comme la jeune fille ne réagissait pas, il affirma s’appeler Rodric, l’invitant ainsi à décliner son nom elle aussi. Elle s’exécuta avec grâce et d’une voix exquise, et enfin le jeune homme sut que son vœu était exaucé : il avait en face de lui la Clotilde si chaudement vantée. Et ma foi, il faut bien le reconnaître, les plus audacieuses descriptions n’arrivaient pas à la cheville de la vérité. Là, devant lui, de l’autre côté du cours d’eau, se trouvait l’incarnation de la Beauté.

Rodric sut trouver les mots pour expliquer à Clotilde